Il suffit d’un doute pendant la journée de Ramadan pour semer l’inquiétude. Une goutte d’eau avalée par mégarde, un oubli au réveil… Le jeûne (as-siyam) est pourtant un acte d’adoration précis. Le Coran fixe lui-même sa limite. « Mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue le fil blanc du fil noir de l’aube, puis accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit », enseigne la sourate Al-Baqara (2:187). Savoir ce qui la rompt, et ce qui ne la rompt pas, change tout. Cela permet de vivre le mois avec sérénité.
Ce qui annule le jeûne
Plusieurs actes rompent le jeûne de façon certaine. Lorsqu’ils sont commis volontairement, ils nécessitent un rattrapage (qada) après le Ramadan. Dans les cas les plus graves, une expiation (kaffara) peut aussi être due. Voici les annulateurs reconnus par les savants :
- Manger ou boire volontairement, même en petite quantité
- Les rapports intimes durant la journée de jeûne
- L’éjaculation volontaire (par exemple par masturbation), même hors rapport intime
- Le vomissement provoqué intentionnellement
- Les menstrues ou les saignements post-partum chez la femme
- Fumer, sous quelque forme que ce soit
- Une injection nutritive (sérum alimentaire, transfusion) qui nourrit le corps comme le ferait un repas
La kaffara est la plus lourde des conséquences. Elle ne s’applique qu’en cas de rapport intime volontaire. Elle consiste à jeûner deux mois, ou à nourrir soixante nécessiteux. Pour les autres annulateurs, dont l’éjaculation hors rapport, le simple rattrapage (qada) suffit. Un hadith rapporté par Abou Dawoud et At-Tirmidhi précise que seul un vomissement volontaire l’exige.
Le cas de la hijama (saignée thérapeutique) fait par ailleurs débat parmi les savants. Le cheikh saoudien Al-Fawzan la classe par exemple parmi les annulateurs. Il s’appuie sur un hadith précis. Celui qui pratique une saignée, et celui qui la reçoit, rompent leur jeûne. D’autres savants estiment au contraire qu’elle ne rompt pas le jeûne. Par prudence, mieux vaut l’éviter en journée de jeûne.
Contrairement à une idée reçue, les menstrues et les saignements post-partum ne sont pas une faute. Il s’agit d’une dispense naturelle prévue par la charia. La femme concernée ne jeûne pas ces jours-là. Elle les rattrape plus tard dans l’année.
Ce qui ne rompt pas le jeûne
À l’inverse, de nombreuses situations du quotidien n’invalident pas le jeûne, même si elles inquiètent souvent les nouveaux pratiquants :
- Avaler sa propre salive
- Se brosser les dents ou utiliser le siwak
- Goûter un plat du bout de la langue, sans l’avaler, pour vérifier l’assaisonnement
- Une prise de sang (bilan médical), une injection non nutritive ou un vaccin
- Se baigner, se rafraîchir le visage ou se parfumer
Gouttes, collyre et cosmétiques : les doutes du quotidien
D’autres doutes reviennent souvent. On y trouve les gouttes oculaires, le collyre (kohl), ou une anesthésie locale. Un parfum ou une crème sur la peau posent aussi question. La majorité des savants n’y voit aucun effet sur le jeûne, car rien de nourrissant n’atteint l’estomac. Certains oulémas recommandent néanmoins la prudence dès qu’un liquide atteint nettement la gorge. C’est le cas des gouttes nasales ou des inhalateurs contre l’asthme, un sujet débattu.
Le cas de l’oubli : une miséricorde particulière
Le messager d’Allah ﷺ a enseigné, dans un hadith rapporté par Al-Bukhari et Muslim, qu’un croyant qui mange ou boit par oubli en plein jeûne doit simplement s’arrêter. Il poursuit sa journée normalement, sans que cela n’invalide son jeûne. C’est Allah Lui-même qui, ce jour-là, l’a nourri et abreuvé. Cette règle rassure surtout en début de mois, le temps que le corps s’habitue au rythme du calendrier musulman.
Cette distinction entre l’acte volontaire et l’acte involontaire résume ainsi la logique du jeûne en islam. Allah ne cherche jamais à accabler Son serviteur, mais à l’accompagner avec justice. Cette justice s’accomplit jusqu’à la fête de l’Aïd el-Fitr, qui célèbre l’achèvement de ce mois béni.

